La main à la pâte : |
| Document institutionnel |
| Texte retranscrit par Béatrice Ajchenbaum-Boffety | b.ajchenbaum@academie-sciences.fr | |
| Cellule communication pédagogique, Académie des sciences | 23 quai de Conti | 75006 Paris |
| Publication : novembre 1999 | Mise en ligne : février 2000 | |
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Allocution
de Claude ALLEGRE, Ministre
de lEducation nationale, de la Recherche et de la Technologie Monsieur
le Président, Mesdames, Messieurs, chers élèves, Avant-hier,
nous remettions la médaille dor du CNRS à Jean-Claude RISSET, un
scientifique qui est aussi un musicien, et qui a fait progresser la
connaissance de la musique, mais également la perception et la
connaissance de la perception. Je suis donc extrêmement heureux de voir
que dans cette enceinte, et au cours de cette manifestation de La main
à la pâte, la partie artistique na pas été dissociée de la
science. Je suis doublement heureux parce que, comme vous le savez, nous
faisons un effort important pour favoriser linitiation artistique à
lécole : après avoir lancé un concours national de chorale, créé
un festival du théâtre scolaire, puis le printemps de la poésie, nous
essayons cette année de lancer lopération «un ensemble musical par
établissement» de manière à favoriser également la musique. Et tout
à fait dans cette ligne, je suis donc très content de constater quune
école a déjà son ensemble musical, comme un certain nombre dautres
dailleurs. Je
suis heureux de remettre aujourdhui ce prix à des professeurs décoles
et des instituteurs particulièrement créatifs, dont nous espérons que
lexemple sera contagieux. Une fois de plus, nous vérifions que, parmi
nos enseignants, des femmes et des hommes de grands mérites sont capables
dinnover en dehors des sentiers battus. Et je dois dire que la méthode
de La main à la pâte est exactement de celles que je veux instaurer dans
les rénovations pédagogiques. Je
ne crois pas aux instructions qui viennent den haut; il me serait évidemment
facile de donner une instruction et de dire : « Voilà, tous en rang
par deux, et faites La main à la pâte ». Je pense que la richesse
de notre enseignement vient de la base, de linnovation, et je préfère
la méthode de la tache dhuile qui se propage, à la méthode centralisée
qui procède par circulaires. Je tente déviter que la créativité des
enseignants ne soit complètement mise sous léteignoir par des règles
contraignantes. Cela ne veut pas dire pour autant quil ny ait pas de
cadres, ni que le service public ne doive pas simposer. Mais je crois
que dans un cadre, il faut laisser la créativité se développer. La
main à la pâte, de ce point de vue, est exemplaire. Cest une méthode
active qui, par les sciences et autour des sciences, cherche à développer
un certain nombre de qualités intrinsèques que lon doit développer
chez les enfants. Observer - ce qui constitue la démarche fondamentale de
la science - réfléchir, parler, écrire, décrire, faire une hypothèse
- cest-à-dire, par définition, prendre des risques - manipuler,
inventer, essayer. Toute cette tradition sest un peu perdue dans un
enseignement des sciences qui sest voulu didactique, lointain,
abstrait, et trop rapide, alors quon ne peut pas demander à de jeunes
esprits dadopter, en quelques heures, une démarche qui a pris des siècles,
parfois des millénaires, à des personnes éminemment intelligentes. Pour
ma part - et je contredirai quelque peu sur ce point mon ami Georges
CHARPAK, à qui elle doit tant - je ne
crois pas que La main à la pâte ait copié sur quoi que ce soit.
Sans doute est-elle adaptée, reprise, inspirée dexpériences qui ont
été menées aux Etats-Unis, en Afrique du Sud, ou en Israël, mais elle
est surtout nourrie par ce quont inventé en France les promoteurs,
Georges CHARPAK, Pierre LENA, et Yves QUERE, mais également beaucoup de
gens qui participent à cette main à la pâte et qui lenrichissent.
Mon but est de fortifier La main à la pâte, daider les écoles à se
procurer du matériel, daccélérer cette progression qui se fait par
tache dhuile. Je
ferai ici une parenthèse : vous savez que, selon les lois de décentralisation,
ce nest pas le ministère qui achète le matériel, pas plus quil ne
construit des lycées ou des collèges. Son rôle est dinciter à le
faire, de la même manière quil incite à acheter des ordinateurs.
Nous allons cependant essayer directement daider les écoles à acquérir
ce matériel, mais aussi mettre à la disposition des collectivités
territoriales, comme nous lavons déjà fait, un fonds demprunts.
Dici un an, dans le concours de recrutement des professeurs des écoles,
une épreuve scientifique générale portera sur le traitement, en classe,
dune expérience inspirée de La main à la pâte. Et nous travaillons
dans la perspective que tous les maîtres, à leur sortie dIUFM, soient
non seulement formés à La main à la pâte, mais équipés dun
certain nombre de matériels de base leur permettant dexpérimenter La
main à la pâte. immédiatement, dès quils seront dans leurs classes. Je
tiens donc à vous dire que cest un soutien plein et entier à cette
expérience que vous pouvez attendre de mon ministère et de moi-même, et
je crois que nous irons beaucoup plus vite que ne lannoncent les prédictions
linéaires de Georges CHARPAK. Ce
projet sinscrit dans leffort de rénovation de lécole que nous
avons entrepris selon la même méthode, que lon a appelé lécole
du XXIème siècle, et qui sest accompagné de la création
des emplois-jeunes dans les écoles, non pour quils se substituent aux
enseignants, mais pour quils les assistent. Lécole du XXIème
siècle est aussi celle des nouvelles technologies - dont on a vu au Salon
de lEducation combien, et à quelle vitesse elles se développent désormais
- et celle de la rénovation de lapprentissage des langues. On parle
toujours des moyens ! Or, cette année, je me trouve dans la situation
suivante : je dispose de 1500 postes supplémentaires dassistants de
langues en anglais et je narrive pas à les pourvoir; on a « asséché »
la Grande-Bretagne, puis lIrlande, puis lEcosse, et je me rends la
semaine prochaine aux Etats Unis notamment pour leur proposer
daccueillir, en France, 1500 assistants de langue anglaise, si lon
parvient à les trouver. Langues
vivantes, enseignements artistiques, initiation aux sciences et donc, La
main à la pâte : il sagit là dorientations qui vont pleinement
dans le sens de cet effort de rénovation et dadaptation de lécole
au rythme de lenfant, qui est la base de tout. Le
deuxième point concerne lenseignement des sciences. Vous savez que
dans notre pays, nous sommes sur une mauvaise pente dans ce domaine
puisquen quatre ans, le nombre détudiants scientifiques à lentrée
de luniversité a diminué de près de 20 %. Nous avons donc à faire
un énorme effort de rénovation de lenseignement des sciences. Nous
lavons entrepris dans le secondaire, nous lentreprendrons aussi dans
le supérieur, pour donner un enseignement des sciences non pas plus
facile, mais mieux structuré et qui corresponde davantage à lesprit
de la Science. Je
suis depuis longtemps et très attentivement les expériences qui sont
proposées dans La main à la pâte et les discussions quelles
suscitent ou qui se développent à leur sujet, et ce que je trouve
formidable dans La main à la pâte, cest que lon cherche non pas à
faire apprendre des connaissances qui sempilent les unes sur les autres
et quil faut avaler tant bien que mal, mais au contraire à bien faire
percevoir quelle est la démarche scientifique. Or, cest là une de mes
préoccupations majeures : je veux des programmes de sciences moins
volumineux, mais mieux sus, mieux compris. Je souhaite quon soit plus
exigeant. Aujourdhui, lon est dans lenseignement des sciences de
« là peu près. » Les programmes sont tellement lourds que
lon admet là peu près quand on fait passer des contrôles. Je
souhaite des programmes moins ambitieux sur le papier - quand jentends
François JACOB me dire : « le programme de terminale, je
serais incapable de lenseigner en biologie », il y a quand même
de quoi sinterroger ... - mais mieux maîtrisés, et exigeant beaucoup
plus de compréhension de ce quest la démarche scientifique. Dans
ce domaine, je sais que je peux compter sur lappui de lAcadémie;
elle a soutenu La main à la pâte et jespère quelle soutiendra la
rénovation de lenseignement des sciences. Je pense quelle peut y
contribuer, et je souhaite quelle invite les promoteurs de cet
enseignement et quelle en discute, parce quil sagit là dun
chantier très important. Et que lon ne nous dise pas « il faut
revenir à...» : nous ne sommes plus dans lépoque dautrefois;
les connaissances ont augmenté considérablement, les ordres de grandeurs
nont plus rien à voir avec ce quils étaient autrefois. Un exemple
: en 1953, il y avait 3500 enseignants dans lenseignement supérieur
français. Lannée dernière, nous en avons recruté 5000. Il faut
inventer en étant à la fois moderne et fidèle à un certain nombre de
traditions de rigueur et dexigence. Sur ces questions, je voudrais également
vous féliciter davoir organisé ce concours en essayant de rechercher
lexcellence, car nous avons besoin de rénover cette recherche de
lexcellence, cette reconnaissance du talent. Nous
le ferons au cours de lannée, en rénovant les conditions de travail
des enseignants et la manière dont ils doivent être notés - notés et
promus. De mon côté, jattache plus dimportance au talent quaux
galons quon a sur la manche, et je pense par conséquent quil faut
reconnaître ce talent, lencourager, le stimuler.
Ceci concerne également les élèves puisque nous avons rétabli
des bourses au mérite pour les élèves sortant du lycée avec une
mention « bien » ou « très bien » au baccalauréat
: lEtat prend intégralement en charge leurs études, à condition
quils se préparent à un certain nombre de carrières au service de
lEtat, que ce soit à lEcole de la Magistrature, à lEcole
Nationale dAdministration, à lEcole Polytechnique, à lEcole
Normale Supérieure ou dans les facultés de médecine. Je
vais recevoir prochainement ces 400 lauréats : 200 la première année,
200 la deuxième année, et probablement 200 lauréats supplémentaires
lannée suivante. Je vois là refleurir ce qui a été la force de
notre pays et qui sest perdu : lélitisme républicain. Car le
paradoxe de cette affaire, cest qualors que laccès à
luniversité sest extraordinairement démocratisé, le nombre délèves
de familles modestes qui accèdent aux plus grandes écoles a diminué en
valeur absolue, ce qui est à peine compréhensible. Et je ne crois pas
que cela soit bien. Comme le disait Georges CHARPAK tout à lheure, sur
une population de 60 millions, il ne faut pas essayer de constituer une élite
en ne visant que cinq ou dix millions de ces 60 millions, mais offrir légalité
des chances à tous. Notre
école républicaine est fondée sur ce principe de légalité des
chances, ce qui implique absence de sélection précoce certes, mais non
pas absence de reconnaissance du talent. Il faut se tenir à des équilibre
qui sont, je crois, caractéristiques de notre système denseignement. Des
initiatives comme La main à la pâte, jen connais dans dautres
domaines qui sont extraordinaires. Je connais des enseignants qui réussissent
à guérir - je dis bien guérir - des élèves en difficultés, en leur
faisant pratiquer de la musique ou du théâtre, jen connais dautres
qui le font avec le sport; dautres le font avec la science. Je
tenais donc à vous dire que, dans cette aventure dont je ne veux être
que le chef dorchestre et non pas le grand maître qui décide à la
place de tout le monde, vous avez montré quelle était la voie et, au nom
de la République, je vous en remercie. |
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