| Comment
pratiquer une démarche active en géologie? 14/05/99, Françoise Andrieu,
Enseignante en cycle 3, Département 29
Je voudrais savoir ce que vous pensez de la partie du programme du cycle III
"géologie, seismes et éruptions volcaniques". Comment faire pour travailler
cette question en classe sans tomber dans la transmission de savoirs encyclopédiques à
caractères compilatoires? Comment introduire une démarche, dans ce cas, où l'enfant de
viendrait véritablement actif?
Réponse de Béatrice Salviat,didacticienne
Ces questions ont déjà été abordées dans les échanges de la liste de diffusion en
janvier et février dernier. Des modèles de volcan, de séismes peuvent être élaborés
avec les élèves, avec toutes les précautions que cela implique: un modèle a un
caractère prédictif ou explicatif et il n'est valable que dans certaines limites.
La recherche bibliographique nécessite un investissement actif de l'enfant (voir
témoignage de Elisabeth Plé), qui s'inscrit parfaitement dans la logique d'une démarche
de recherche, dans la mesure où l'on essaie de répondre à un problème posé. On ne
tombe donc pas forcément dans la transmission de savoirs encyclopédiques à caractère
compilatoire; il suffit de prendre la précaution de placer les élèves en situation de
recherche...
L'INRP a publié un ouvrage intéressant (1996) "Volcans et tremblements de terre,
Images descriptives, images explicatives" de G. MOTTET (dir) et J.-Ch. ALLAIN, R.
Minguez... Il contient de nombreuses activités sur les images et de nombreuses
productions d'élèves de cycle III.
Extraits de la liste de diffusion
concernant la recherche documentaire (février 1999) par Elisabeth Plé.
Bernard-Yves Cochain a écrit: " ..., l'école évite de privilégier la
recherche documentaire par crainte de stérilisation. On semble penser que si la réponse
est donnée à l'enfant, il n'aura plus besoin d'exercer ses capacités de modélisation,
d'expérimentation. Ce risque peut-être évité, car connaître "LA Réponse"
n'est pas synonyme d'une appropriation du concept par l'enfant......"
Mireille Hibon a répondu : " N'y a-t-il pas là matière
à un vrai débat ; car " LA Réponse " peut parfois venir des
élèves eux mêmes.....Aussi, le problème n'est-il pas précisément de savoir gérer
les connaissances préalables (de plus en plus nombreuses) que les enfants (de plus en
plus jeunes) ont dans ce domaine?..."
Le problème de savoir gérer " les connaissances préalables des
enfants " me paraît trop central dans la pratique des activités scientifiques
à l'école pour engager un véritable débat. C'est en effet une préoccupation
récurrente en didactique des sciences. En revanche, la place et le rôle de la recherche
documentaire dans les activités où, pour reprendre les mots de Mireille Hibon, on
" expérimente vraiment " me semble un peu délaissés dans
l'opération " la main à la pâte ". Alors c'est peut être
l'occasion d'en débattre.... En effet, si la MAP se réfère à Freinet (voir
contribution de Sophie Ernst, rubrique " la main à la pâte,
qu'est ce que c'est ? " et intervention de P Léna au colloque de la BNF),
n'oublions pas que le père du " tâtonnement expérimental " est
aussi à l'origine de la plus grande encyclopédie que le monde scolaire ait produit et
utilisé, la BT. Un très court extrait de l'excellent livre de M Barré à propos de la
pédagogie Freinet, " l'aventure documentaire " aux Editions
Casterman : " Les chercheurs, dont c'est le métier d'expérimenter dans
des voies nouvelles, ne sauraient travailler sans documentation permettant de confronter
leurs expériences, leurs observations avec celles d'autres chercheurs, de refaire ces
expériences. Loin de court-circuiter leurs propres recherches, la documentation aide à
les approfondir. Complémentaire de toute recherche, la documentation ne peut remplacer la
confrontation avec la réalité, comme l'école le souhaite trop souvent.... .......Notre
perspective éducative est justement l'enracinement dans la réalité dont la
documentation facilitera l'analyse, la compréhension et la transformation. "
Alors pourquoi cette défiance vis à vis de l'usage de documentaires lors d'activités
scientifiques? Pourquoi cet antagonisme : investigation expérimentale/ recherche
documentaire ? Pourquoi cet usage restreint du documentaire en sciences qui cantonne
celui-ci à donner la réponse quand celle ci n'est pas accessible par l'investigation
directe de l'enfant ? N'est ce pas un hasard si la demande bibliographique est
surtout importante en astronomie ?
Il y aurait des risques à connaître LA Réponse.... Les élèves possèdent aussi des
Réponses...
Et si l'on risquait la recherche documentaire, que deviendrait LA Réponse lue avec les
Réponses des élèves ? Un exemple vécu..... Après avoir étudié les mélanges
(distingué les mélanges hétérogènes des mélanges homogènes, pris conscience que
malgré la disparition apparente du sel, " tout le sel est toujours
là ") la maîtresse de la classe invite les élèves à récupérer le sel
contenu dans l'eau salée. A priori, les élèves n'ont pas trop d'idées : pour
amorcer le processus, une discussion collective autour de la question " d'où
vient le sel que nous consommons ? " est lancée. Ce débat entraîne les
enfants à faire une recherche documentaire et à interroger les marais salants pour mieux
connaître ce procédé de dessalage de l'eau . Par groupe, ils rédigent un petit texte
à partir des informations qu'ils ont collectées, puis sont invités à concevoir des
dispositifs expérimentaux pour récupérer le sel de leur eau salée.... Ces dispositifs
sont très variés : certains proposent de réaliser un petit marais salant :
étaler l'eau dans une assiette et la mettre au Soleil, " pour que le Soleil
prenne l'eau " ( ceux là ne font pas la relation entre Soleil et
chaleur) ; d'autres prévoient de chauffer l'eau salée ou bien de mettre un
récipient contenant cette eau sur un radiateur ; la plupart pensent qu'ils ne doit
pas y avoir beaucoup de différences entre l'eau salée et l'eau sale dont ils ont par
ailleurs séparé les constituants par filtration et décantation (voir nos travaux INRP,
Aster 24 et 25, et en particulier les articles de B Peterfalvi). Par ailleurs les photos
de paludiers, avec " son grand râteau " les confortent dans
l'option d'un procédé mécanique : " On prend le sel , on le met dans
l'eau, on attend que l'eau s 'évapore, puis on verse le tout dans la passoire. L'eau
sort de la passoire et le sel reste" " On met une serviette sur un verre
vide, et on verse l'eau salée sur la serviette. Ensuite on récupère le sel qui est dans
l'assiette " ......./ Une autre isolée propose de suspendre un fil dans
l'eau...elle a vu ça dans un livre !
Après présentation de ces dispositifs, chacun expérimente étant convaincu que son
procédé est le plus performant. Echecs des uns, succès des autres...ils en tirent les
conclusions, et surtout ils sont amenés à revisiter les documents sources et relire les
informations qui avec leurs nouvelles connaissances ne sont plus interprétées de la
même manière. Ils feront un second texte pour présenter cette pratique sociale et le
compareront au premier....
Je crois comme B.-Y. Cochain que le risque de donner LA Réponse par la recherche
documentaire n'est pas bien grand....mais à condition de permettre un véritable
investissement des élèves, et pour cela de " savoir gérer les connaissances
des élèves " et là je rejoins Mireille Hibon. Mais se priver de l'usage de
documentaires pour les activités expérimentales fait peut être encourir d'autres
risques à l'école? En particulier celui d'un fonctionnement autarcique, replié
entre les murs de l'école. Celui de " la main à la patte "... Bien
sûr on peut toujours solliciter des interventions diverses, communiquer avec des
scientifiques, mais l'usage des documentaires par les enfants c'est aussi une formidable
ouverture sur la science et les techniques qui se pratiquent. C'est surtout, des
ressources de proximité, (à condition que la BCD soit vraiment accessible) pour
étonner, questionner, expérimenter, argumenter, valider des hypothèses, comparer des
résultats, généraliser des conclusions, appliquer, structurer... à condition bien
sûr de savoir gérer ces ressources. La MAP, c'est peut être aussi l'occasion de
réintroduire ces pratiques dans les activités expérimentales ? Alors risquons....
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Analogie
oeuf et volcan
06/03/00, Question de Stéphanie
Troude, cycle 3, IUFM 94, stephanie.troude@free.fr
A propos de
l'enseignement de la géologie auprès d'enfants de cycle 3, que pensez-vous du modèle
explicatif de l'activité interne de la terre qui est fait par analogie avec l'oeuf de
poule?(le 'blanc' représentant le manteau liquide, alors que l'on sait très bien qu'il
ne l'est pas partout.) Est-ce que cette interprétation du modèle s'excuse par le fait
que ce soit une image facilement assimilable par l'enfant? Merci pour votre réponse!
14/03/00, Réponse de
Jean-Marc Lange, enseignant à l'IUFM de Rouen
La structure interne du globe est a priori hors de
la portée conceptuelle des enfants.Le problème de l'analogie "oeuf", c'est
qu'elle risque de renforcer des conceptions préexistantes et donc de devenir très
difficilement dépassables par la suite. Pourquoi ne pas en rester, comme les programmes
l'indiquent, aux manifestations externes de l'activité du globe et donc de fonctionner
sur le principe de la boite noire ? Surtout que, scientifiquement, les modèles actuels
sont en plein remaniements !
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